Leif Erikson — Le Viking qui découvrit l'Amérique
500 ans avant Colomb, Leif Erikson atteignait l'Amérique du Nord. Portrait de l'explorateur viking qui changea l'histoire.

Vers l’an 1000, alors que l’Europe médiévale pensait encore que le monde s’arrêtait au bout de l’océan, un jeune Islandais mit le cap vers l’ouest. Son nom : Leif Erikson. Sa destination : une terre inconnue que les sagas appelleront Vinland. Cinq siècles avant Christophe Colomb, les Vikings avaient déjà foulé le sol américain.
Fils d’Erik le Rouge
Leif est né vers 970 en Islande, deuxième des trois fils d’Erik le Rouge (Eiríkr Þorvaldsson) — l’homme qui colonisa le Groenland après avoir été banni d’Islande pour meurtre. Grandir dans une famille d’explorateurs n’était pas un détail : la mer et l’exil étaient dans le sang des Erikson.
Erik le Rouge avait baptisé le Groenland (« Terre verte ») pour attirer des colons — un coup marketing vieux de mille ans. Vers 985, il y fonda deux colonies qui accueillirent environ 500 colons. Leif grandit au Groenland, dans la ferme de Brattahlíð, au fond d’un fjord où les eaux glacées rencontraient des pâturages verdoyants.
La conversion et le voyage en Norvège
Peu avant l’an 1000, Leif navigua jusqu’en Norvège pour servir à la cour du roi Olaf Ier Tryggvason. C’est là qu’il se convertit au christianisme. Le roi le chargea d’une mission : ramener la foi chrétienne aux colons du Groenland.
Selon la Saga d’Erik le Rouge, c’est en revenant de Norvège vers le Groenland que Leif fut dérouté par une tempête et aperçut des terres inconnues à l’ouest — des forêts denses et des vignes sauvages. La Saga des Groenlandais donne une version différente : Leif aurait entendu les récits du marchand Bjarni Herjólfsson, qui avait aperçu des côtes boisées à l’ouest vers 985-986 sans jamais y accoster, et aurait organisé délibérément une expédition.
Trois terres nouvelles
Avec un équipage d’environ 35 hommes et le navire même de Bjarni, Leif navigua vers l’ouest. Il découvrit trois terres qu’il nomma selon leurs caractéristiques :
- Helluland (« terre de pierres plates ») — probablement l’île de Baffin ou le nord du Labrador : un paysage aride de roche et de glaciers
- Markland (« terre de forêts ») — la côte centrale du Labrador : des forêts denses d’épinettes et de sapins, un trésor pour des Groenlandais manquant cruellement de bois
- Vinland (« terre de vignes ») — Terre-Neuve et peut-être les régions autour du golfe du Saint-Laurent : un territoire fertile avec du saumon plus gros que tout ce qu’ils avaient vu, des pâturages verts et des baies que les sagas appellent « vignes »
L’équipage construisit des habitations temporaires (Leifsbuðir, « les cabanes de Leif ») et passa l’hiver sur place. Le climat leur parut clément — l’herbe ne flétrissait guère, les jours d’hiver étaient bien plus longs qu’au Groenland.
L’Anse aux Meadows : la preuve
Longtemps considérée comme une belle légende, la découverte viking de l’Amérique fut confirmée en 1960. Les archéologues norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad découvrirent le site de L’Anse aux Meadows, à la pointe nord de Terre-Neuve — un campement viking avec des maisons de tourbe, une forge, des rivets de bateau et des objets norrois, datant d’environ l’an 1000.
C’est la seule preuve archéologique confirmée d’une présence européenne en Amérique avant Colomb. Le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978.
Leif le Chanceux
Son surnom — Leifr hinn heppni (« Leif le Chanceux ») — ne venait pas du Vinland. En revenant au Groenland, il aperçut des naufragés dérivant sur un récif et les recueillit à bord, leur sauvant la vie. Ce sauvetage lui valut son surnom et une réputation de générosité.
De retour au Groenland, Leif accomplit sa mission religieuse : il convertit sa mère Þjóðhildur, qui fit construire la première église chrétienne du Groenland à Brattahlíð. Son père Erik, fermement païen, refusa de se convertir — ce qui, selon les sagas, causa quelques tensions domestiques.
Un héritage transatlantique
Leif ne retourna jamais au Vinland. Ce sont ses frères Thorvald et Thorstein, sa sœur Freydis, et l’explorateur islandais Thorfinn Karlsefni qui menèrent les expéditions suivantes. La colonie ne dura pas : les conflits avec les habitants autochtones (Skraelings) et l’éloignement du Groenland rendirent l’installation permanente impossible.
Mais l’exploit reste. Le 9 octobre est le Leif Erikson Day aux États-Unis, célébré officiellement depuis 1964 par proclamation présidentielle. Des statues de lui se dressent à Reykjavik, Seattle, Boston et devant le Capitole du Minnesota. En Islande, il est un héros national — symbole d’un peuple de navigateurs qui repoussa les limites du monde connu.
Son fils Thorgils fut élevé en Norvège, et sa lignée se perdit dans l’histoire. Mais Leif laissa autre chose qu’une descendance : la preuve que les Européens avaient atteint l’Amérique cinq siècles avant Colomb. Il ne fonda pas d’empire, ne massacra personne et ne réclama aucune terre au nom d’un roi. Il navigua, observa, sauva des naufragés, et repartit. Peut-être la forme d’exploration la plus pure qui soit.
Cet article accompagne l’épisode M01 de Somnia — Les Vikings & la Mythologie Nordique. Découvrez aussi notre guide complet sur les Vikings et le portrait de Freydis — La Viking qui terrifia un continent.
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