Champollion — L'Homme qui Déchiffra les Hiéroglyphes
Professeur à 19 ans, conférence à 16 ans : comment Jean-François Champollion a percé le secret des hiéroglyphes.

Le 27 septembre 1822, un jeune Français de 32 ans prononce les mots que le monde attendait depuis des siècles : « Je tiens l’affaire ! » Jean-François Champollion venait de percer le code des hiéroglyphes égyptiens — une écriture muette depuis près de 1 500 ans. En quelques heures, trois mille ans de civilisation cessèrent d’être un silence.
Un prodige obsédé par l’Orient
Jean-François Champollion naît le 23 décembre 1790 à Figeac, dans le Lot. Son génie se manifeste très tôt : à 16 ans, il présente devant l’Académie de Grenoble un mémoire sur les langues coptes. À 19 ans, il est nommé professeur d’histoire à la faculté de Grenoble — un record qui restera longtemps inégalé.
Mais son obsession, c’est l’Égypte. Depuis l’expédition de Bonaparte en 1798 et la découverte de la Pierre de Rosette en 1799 par les soldats français, l’Europe entière rêve de déchiffrer les hiéroglyphes. La Pierre de Rosette porte le même décret gravé en trois écritures — hiéroglyphes, démotique et grec ancien. Le grec est lisible ; les deux autres restent des énigmes.
Les premiers à voir la Pierre pensaient qu’il faudrait deux semaines pour la déchiffrer. Il faudra 23 ans.
La rivalité avec Thomas Young
Champollion n’était pas seul dans la course au déchiffrement. Le polymathe britannique Thomas Young avait fait des avancées significatives avant 1819, identifiant correctement que certains signes dans les cartouches royaux étaient phonétiques — mais il pensait que cela ne s’appliquait qu’aux noms étrangers (grecs), et que le reste du système restait purement idéographique.
La communauté scientifique était divisée. Beaucoup pensaient que les hiéroglyphes étaient un système ésotérique et philosophique, lié aux rituels sacrés, et donc fondamentalement indéchiffrable. Champollion allait prouver que tous avaient tort : le système était mixte, à la fois phonétique et idéographique, et il enregistrait la langue parlée des Égyptiens.
La polémique sur la priorité de la découverte empoisonnera les relations entre les deux camps — britannique et français — pendant des décennies. Les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que Young a fait les premiers pas, mais que c’est Champollion qui a percé le code complet.
La clé : le copte
Là où d’autres chercheurs traitaient les hiéroglyphes comme de purs idéogrammes (un signe = une idée), Champollion a l’intuition géniale que le système est mixte : certains signes sont phonétiques — ils représentent des sons. Et la clé de cette découverte, c’est le copte.
Le copte est la dernière forme de la langue égyptienne ancienne, encore parlée dans la liturgie de l’Église copte. Champollion le maîtrise depuis l’adolescence. En comparant les noms propres grecs de la Pierre de Rosette (Ptolémée, Cléopâtre) avec leurs équivalents en hiéroglyphes, il identifie des signes phonétiques récurrents. Puis il applique sa connaissance du copte pour déchiffrer des mots non grecs — et le système entier s’ouvre.
Le 27 septembre 1822
Ce jour-là, dans son bureau parisien, Champollion parvient à lire le nom de Ramsès sur un cartouche d’Abou Simbel. Il court chez son frère Jacques-Joseph, s’écrie « Je tiens l’affaire ! » et s’évanouit d’émotion. Il restera inconscient pendant cinq jours selon la tradition familiale.
Le 27 septembre 1822 marque la naissance de l’égyptologie comme science. En une seule percée, les inscriptions des temples, des tombes et des papyrus deviennent lisibles. Les Égyptiens ne sont plus des figures muettes derrière des monuments — ils ont à nouveau une voix.
Le voyage en Égypte
En 1828, Champollion réalise enfin son rêve : il embarque pour l’Égypte avec une expédition franco-toscane. Pendant 15 mois, il remonte le Nil, copie des inscriptions dans les temples de Karnak, Louxor, Abou Simbel et Philae, confirme ses théories sur le terrain et constitue un corpus gigantesque de dessins et de transcriptions. C’est lors de ce voyage qu’il réalise l’ampleur de ce qu’il a déverrouillé : chaque mur de chaque temple raconte une histoire que personne n’avait pu lire depuis 1 500 ans.
Mais le voyage ruine sa santé, déjà fragile. De retour en France, il est nommé à la première chaire d’égyptologie au Collège de France — mais ne donnera que quelques cours.
L’héritage
Champollion ne profitera guère de sa gloire. Il effectue son unique voyage en Égypte en 1828-1829, remonte le Nil, copie des inscriptions, confirme ses théories sur le terrain. Mais sa santé, fragile depuis toujours, se dégrade rapidement. Il meurt le 4 mars 1832, à 41 ans, emporté par une attaque d’apoplexie.
Son Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien sont publiés à titre posthume par son frère. Ces ouvrages fondent la discipline et restent utilisés pendant des décennies. Sans Champollion, les pyramides seraient toujours muettes — et l’Égypte ancienne resterait un monde de pierres sans paroles.
Cet article accompagne l’épisode Somnia sur l’Égypte ancienne. Découvrez aussi Cléopâtre, la dernière pharaonne et les mystères des pyramides.
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